Maman est hospitalisée depuis le 21 juin. Hôpital psychiatrique de Nice. Le matin un appel téléphonique m'informait qu'un lit se libérait l'après-midi même. Nous étions en liste d'attente. Je n'avais plus le choix. J'ai pris la voiture, seul avec maman, son petit sac d'affaires personnelles. Nous étions attendu, ce fut rapide. Les infirmières étaient au courant de ma réticence à laisser maman, que j'avais déjà refuser une première fois. Elles me rassurèrent très gentiment, en me disant que c'était pour une semaine ou deux, le temps de la « cadrer » au niveau thérapeutique, et qu'elles allaient s'en occuper comme si c'était leur grand-mère. Qu'il fallait que je me récupère impérativement pour assurer la suite. Maman comprit qu'elle allait rester là, elle tenta de résister en s'agrippant à ma chemise. Les infirmières m'aidèrent à partir.
Depuis, je vis un cauchemar. Je vais la voir pratiquement tous les jours. Les visites sont autorisées l'après-midi de 13h30 à 17h30. Mais je suis contraint de partir au bout d'une heure, voire une demi-heure comme aujourd'hui. Elle n'est pas encore « cadrée ». Il faut du temps. Elle a pris très vite ses repères dans cette petite unité de soins. Quand je suis avec elle, elle me répète inlassablement qu'elle veut partir, et rentrer à la maison. Impossible de rester assis. Je déambule avec elle dans le grand couloir, dans le salon et sur la terrasse. Elle veut que je dise aux infirmières que nous devons partir. Finalement, elle préfère que je parte plutôt que de rester là avec elle.
Mes pensées ne la quittent pas. Jour et nuit. Je me demande ce qu'elle fait, je l'imagine déambuler et souffrir d'être là contre son grès. Quand arrive le soir, j'espère qu'elle trouve le sommeil. En plus des visites, je téléphone le soir et en fin de matinée aux infirmières.
Les premiers jours ont été pour moi horribles, même si je me sentais libéré d'un poids énorme. J'ai pleuré comme jamais dans ma vie. Je suis sous anxiolytique. Je ne pleure plus, ou très rarement. Il me faut penser à la suite. Le placement en maison de retraite pour maman, et un job pour moi. Il me faut retrouver une activité professionnelle au plus vite, n'importe laquelle, et me resocialiser. Je pense que ce sont mes seules armes contre la dépression.
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