Dimanche 27 mai 2007
A l'occasion des fêtes de Pâques en avril dernier, et sur l'insistance de ma mère qui souhaitait changer d'air, nous sommes parti une semaine près de Venise, dans un bel hôtel, en séjour organisé.
Ma mère était très contente de partir. Moi aussi, bien qu'une légère angoisse tempérait l'euphorie du départ.
Préparation de la valise. Surtout, ne rien oublier ! Je choisi différentes tenues pour maman, sous-vêtements, gilet de laine, on ne sait jamais, affaires de toilette, chaussons, et bien sûr les médicaments. Le traitement habituel, préparé dans le semainier, et puis les autres médicaments tout aussi indispensables, contre la constipation, les douleurs, etc.
J'avais choisi de voyager en train. En temps normal je préfère l'avion, mais en l'absence de liaisons directes Nice-Venise, l'idée d'un vol avec escale m'est apparue problématique pour maman. J'optais donc pour le voyage en wagon-lit, qui, selon moi, serait plus facile à gérer. Première erreur. Un compartiment de train dans lequel on passe 7 à 8 heures, pour une personne âgée, c'est pas le top. Vous me direz, qu'importe, c'est pour la nuit, on dort. Justement. La nuit on se lève pour aller aux toilettes. Et pas qu'une fois. Et les toilettes, elles sont au bout du couloir. Il faut s'habiller, mettre ses chaussures. L'espace est exigu, ça bouge, bref, une erreur.

Nous arrivons à destination. L'hôtel est très beau, l'accueil chaleureux, nous prenons le petit-déjeuner avant de découvrir notre chambre. Maman est contente. Notre chambre est très agréable, avec vue sur mer.
Très vite, la vie à l'hôtel s'instaure avec son rythme et ses rituels. L'heure des repas, le goûter de l'après-midi, les moments de convivialité dans le salon où il y a toujours du mouvement.
Parmi les participants, je remarque plusieurs « couples » comme le nôtre. Un homme avec sa mère, un autre avec son père, ils viennent de Londres, une jeune fille et sa mère de New-York. Si ces parents sont âgés et veufs, aucun n'est alzheimer. La pathologie de ma mère ne passe pas inaperçue dans le groupe. Petit à petit, des marques de sympathie me sont données. Les gens prennent la mesure de la difficulté de la situation et sont admiratifs et compatissants à la fois. Je réalise la nature de ma deuxième erreur : partir seul avec ma mère. Aucun répit pendant 10 jours. Aucune aide pour la toilette non plus. Heureusement, la plupart des femmes de notre groupe étaient dotées d'une grandeur d'âme remarquable. Je pense surtout à Reine et à Yaffa de Zurich. Maman a vraiment été entourée, recevant beaucoup d'affection et de chaleur humaine. Reine et maman étaient toujours assises ensemble au salon, se tenant par la main. La communication verbale de maman est devenue très limitée. Mais ce qu'elle arrive à faire passer par son regard et avec son sourire est assez impressionnant. Et puis elle est très affectueuse et tactile. Une dame de Londres s'est exclamée qu'elle n'avait jamais reçu autant de baisers dans sa vie, et que cela allait lui manquer. Le fait de voir autant de sympathie envers maman m'a profondément ému. J'avoue avoir beaucoup pleuré aussi, lors des conversations et des échanges avec nos nouveaux amis. C'était incontrôlable. Surtout au moment des adieux à la fin du séjour.
Un séjour qui est passé très vite. Nous avons effectué une excursion en groupe (les îles de Murano et Burano) et deux balades seuls à Venise. J'ai été frappé par le côté absent de ma mère. J'ai essayé d'attirer son attention sur la beauté de la lagune, des paysages ou de l'architecture. Elle me disait qu'elle était déjà venue avec papa et que mon cousin qui habitait Venise (qui est décédé lui aussi) leur avait fait visiter tout ça. Mais je sais qu'elle était contente. Aujourd'hui encore, lorsque nous évoquons ce séjour et que nous regardons les photos, elle en parle avec un réel enthousiasme. Et puis elle ne quitte plus le très joli collier en verre de Murano que lui a offert la propriétaire de l'hôtel en guise de souvenir.
Le retour à Nice fut très pénible. Notre train était à 23h. La journée fut particulièrement longue, et l'attente à la gare extrêmement fatigante. Une galère sans nom qui heureusement n'a pas gâché le souvenir globalement positif de ce séjour. Mais je sais que si je dois renouveler l'expérience, ce ne sera plus seul.
par Pierre Regini publié dans : Témoignage
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