Lundi 25 février 2008
Février est le mois du carnaval. Vous savez, cette période durant laquelle certains prennent une apparence ou adoptent une posture si différente de la leur le reste de l'année.
C'est aussi la fête du cinéma, mais aux Etats-Unis. Or, à la maison de retraite où se trouve ma maman, nous avons eu droit à une visite imprévue. Nous eûmes en fait le triste privilège de voir débarquer une comédienne, qui pendant une semaine se donna en spectacle dans un rôle de composition auquel personne ne pouvait croire. Elle avait pourtant rôdé son rôle pendant plus d'un an, m'a-t-on dit, devant un public, il est vrai, acquit à sa cause. Je n'ose imaginer sa déception, certains diraient son dépit, en constatant l'échec, « le bide » de sa prestation.
Pour ma part, je n'ai rien contre les fictions ni contre les comédiens. Ce qui me dérange profondément, c'est qu'on puisse confondre une maison de retraite avec un théâtre ou un plateau de cinéma, et des personnes âgées malades et vulnérables avec des faire-valoir.
C'est ce qu'il me fut permis de dire à ce personnage extravagant le dernier jour de sa « tournée carnavalesque ». J'en profitais pour lui dire également le dégoût et le profond mépris que son attitude m'inspirait. Les seules répliques qui lui restaient étaient bien pauvres. Plutôt des onomatopées, déclamées sur un ton arrogant et suffisant, traduisant une haine et une méchanceté inouïes. Le rideau et le masque étant tombés, je la priait énergiquement de déguerpir sans attendre. En guise de sortie de scène sous les ovations, ce fut la fuite par l'escalier de service. Pas très glorieux, mais assez cohérent.
Sinon ma mère va un peu mieux, elle reprend du poids. Mais je dois vous dire, le cinéma ne l'intéresse vraiment plus.
Par Pierre Regini - Publié dans : regini
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