Mercredi 28 novembre 2007
Maman sera restée du 21 juin au 7 août 2007 au CHU Ste-Marie qui est un hôpital psychiatrique.
Comment parler de cette hospitalisation ? Je n'y arrive toujours pas après 4 mois.
Ce fut un choc, un traumatisme, une douleur vive, un déchirement.
Quand le maintien à domicile n'est plus possible, il y a deux solutions. La maison de retraite médicalisée, s'il y a une place ET si le comportement du malade est compatible avec la vie en groupe, ou alors les urgences et l'hôpital psychiatrique, le temps de trouver un traitement qui agisse sur le comportement.
Dans mon cas, refusant la maison de retraite et le service des urgences, ce fut l'hôpital psychiatrique, dans la mesure où il m'avait été présenté comme une mesure momentanée, un passage obligé. J'étais conscient qu'il y aurait un avant et un après cette hospitalisation. Mais je voulais encore croire à un retour possible à domicile, même si à terme, l'évolution de la maladie veut qu'il faille envisager un placement en maison de retraite.

47 jours d'enfer pour maman et pour moi. Vous me direz que c'était déjà l'enfer à la maison. Que là au moins j'ai pu souffler et commencer à me récupérer, et que maman était prise en charge par une équipe soignante, professionnelle, le temps de la cadrer. Mais à quel prix ! On peut toujours préciser qu'il s'agit d'une unité de « psycho-gériatrie », comme dirait mon assistante sociale. Il n'empêche. La réalité ne s'embarrasse pas de ce genre de subtilité linguistique. Un hôpital psychiatrique est un milieu clos, avec des barreaux aux fenêtres et des portes fermées à clefs. Les malades, souffrant de différentes pathologies, peuvent déambuler à loisir, ou rester assis. Se sont du reste, les deux seuls activités proposées en dehors des repas, du maigre goûter de l'après-midi, de la toilette du matin et du soir, et de la prise de médicaments. Aucune activité n'y est proposée, aucune stimulation.
Un long couloir avec des chambres de part et d'autre (fermées la journée pour ne pas que les malades restent couchés), une grande salle et une grande terrasse. Des malades crient, d'autres ont le regard vide et absent, d'autres sont stressés pour ne pas dire traumatisés. C'est un échantillon de toute la détresse humaine qui se trouve entre ces quatre murs. Tout ces pauvres gens qui dans le meilleur des cas n'ont que de très rares visites, à part de rares exceptions comme ma mère.

Je vous livre le reste en vrac. Des locaux vétustes, un sous-effectif chronique. Le personnel est formidable dans son ensemble. Le travail est difficile, c'est une évidence, que ce soient pour les infirmières, les aides soignantes ou le personnel d'entretien. Et puis aussi, il faut le dire, des gens moins formidables. Des « cas » qui ont une blouse blanche et qui n'ont même pas le niveau d'une caissière de Prisunic. Ma mère est restée 47 jours confinée dans ce milieu ! Et il n'y a aucune alternative. J'ai vu ma mère, fatiguée par son traitement, s'allonger sur des banquettes de chaises en fin d'après-midi. Sa chambre était fermée à clef. Il fallait attendre l'heure du souper. A plusieurs reprises, elle fut attachée à son lit la nuit. Croyez-moi, c'est dur de voir les traces des sangles sur les poignets et les chevilles de sa mère. Tout ce que je pouvais faire, c'était de lui appliquer du gel Arnican pour atténuer ces marques.

Conclusion : Ma mère a continué à se dégrader pendant son passage au CHU Ste-Marie. Bien que « cadrée », son retour à domicile était devenu impossible. La seule maison de retraite médicalisée qui m'inspirait entièrement confiance et qui aussi était accessible financièrement parce que agréée et bénéficiant de l'aide sociale, était la résidence de « La Colline », une fondation émanant du Casip-Cojasor, une institution de la communauté juive de France. Malgré une liste d'attente dissuasive, mes démarches insistantes et diverses ont aboutis. Le 2 août 2007, ma mère avait sa chambre à La Colline. Elle n'y fut transférée que le 7, pour des raisons administratives.
par Pierre Regini publié dans : Témoignage
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