Mercredi 20 juin 2007
Il sera bientôt temps pour moi de me résoudre à passer la main. Je me rends compte, à mon corps défendant, que je ne peux plus accompagner seul ma mère. Le stade avancé de sa maladie nécessite une structure adaptée et surtout du personnel. Depuis la création de ce blog, je n'ai jamais voulu parler des manifestations concrètes de la maladie. Les différents troubles du comportement et de l'humeur, la perte d'autonomie et la dépendance toujours plus importante. Et puis surtout, la caractéristique de la maladie d'Alzheimer, cette démence et son cortège de délires et d'obsessions, qui sont en arrière-plan au début, et finissent par crever l'écran.
Etrange maladie, que celle qui fait oublier les noms mais pas les visages, son adresse actuelle mais pas celle de sa maison natale, qu'on beurre sa tartine avec un couteau et pas avec une cuillère, qui fait ouvrir la porte du dressing au lieu de celle des toilettes, qui rend les propos incohérents mais qui pourtant permet à une maman de dire à son fils : « tu es un bon garçon, viens m'embrasser ».
Une maladie que le malade ne soupçonne pas. Ma mère ne sait pas qu'elle est alzheimer. Elle sait par contre qu'elle est diminuée, dépendante. Elle sait qu'elle se sent mal, et qu'elle est fatiguée de vivre avec cette immense souffrance. De plus en plus souvent elle demande à mourir.
Tant qu'il s'agissait de parer à la perte d'autonomie — se laver, s'habiller (et se déshabiller), cuisiner, ne plus rester seul — même accompagné du fait de ne plus savoir quel jour nous sommes ou sa date de naissance, cela restait gérable. Par contre la démence, les délires, les hallucinations, les comportements obsessionnels, je ne peux pas gérer. Ce n'est pas vivable. Et pourtant, quand elle est paisible ou quand elle dort, j'en arrive à oublier que j'ai tant de fois déjà failli appeler le Samu pour la conduire aux urgences de l'hôpital psychiatrique.
Je sais aussi tout ce qu'on me dit. Que je ne dois pas culpabiliser. Que je n'abandonne pas ma mère. Que je continuerais à l'accompagner mais différemment. Que je ne peux pas continuer à sacrifier ma vie. Que j'en ai déjà fait beaucoup et que c'est formidable et hors du commun. Que la maladie est implacable et qu'il faut prendre ses dispositions avant de craquer complètement.
Etrange maladie, que celle qui fait oublier les noms mais pas les visages, son adresse actuelle mais pas celle de sa maison natale, qu'on beurre sa tartine avec un couteau et pas avec une cuillère, qui fait ouvrir la porte du dressing au lieu de celle des toilettes, qui rend les propos incohérents mais qui pourtant permet à une maman de dire à son fils : « tu es un bon garçon, viens m'embrasser ».
Une maladie que le malade ne soupçonne pas. Ma mère ne sait pas qu'elle est alzheimer. Elle sait par contre qu'elle est diminuée, dépendante. Elle sait qu'elle se sent mal, et qu'elle est fatiguée de vivre avec cette immense souffrance. De plus en plus souvent elle demande à mourir.
Tant qu'il s'agissait de parer à la perte d'autonomie — se laver, s'habiller (et se déshabiller), cuisiner, ne plus rester seul — même accompagné du fait de ne plus savoir quel jour nous sommes ou sa date de naissance, cela restait gérable. Par contre la démence, les délires, les hallucinations, les comportements obsessionnels, je ne peux pas gérer. Ce n'est pas vivable. Et pourtant, quand elle est paisible ou quand elle dort, j'en arrive à oublier que j'ai tant de fois déjà failli appeler le Samu pour la conduire aux urgences de l'hôpital psychiatrique.
Je sais aussi tout ce qu'on me dit. Que je ne dois pas culpabiliser. Que je n'abandonne pas ma mère. Que je continuerais à l'accompagner mais différemment. Que je ne peux pas continuer à sacrifier ma vie. Que j'en ai déjà fait beaucoup et que c'est formidable et hors du commun. Que la maladie est implacable et qu'il faut prendre ses dispositions avant de craquer complètement.
Par Pierre Regini
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Publié dans : Témoignage
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